MOGADISCIO — Pour Mohamed Idriss, réfugié à Mogadiscio après avoir fui la famine de sa région du Bas Shabelle, dans le sud de la Somalie, la survie quotidienne supplante les festivités qui accompagnent habituellement le mois de jeûne et de prière du ramadan.

M. Idriss s’abstient de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Mais quand vient le moment de l’Iftar, le repas que les croyants prennent à la tombée de la nuit, il n’a quasiment rien à avaler.

« Les précédentes années, j’avais l’habitude de rompre le jeûne de très bonne façon », se souvient l’homme de 51 ans qui a gagné Mogadiscio il y a deux mois avec sa femme et ses trois enfants.

« Mais à présent, la situation est très mauvaise: nous n’avons pas de nourriture pour rompre le jeûne » du ramadan débuté lundi.

La Somalie, ravagée par une guerre civile de 20 ans entrecoupée de rares pauses, est le pays le plus durement touché par une très grave sécheresse dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique.

Plus de 3 millions de Somaliens nécessitent une assistance humanitaire d’urgence selon l’ONU qui a confirmé mercredi l’aggravation de la crise en déclarant trois nouvelles zones (en plus des deux déjà recensées) en état de famine, dont la communauté de déplacés de Mogadiscio.

Outre les combats quasi-quotidiens entre insurgés et forces gouvernementales, M. Idriss a ainsi trouvé à Mogadiscio la famine qu’il avait fuie dans le Bas Shabelle il y a deux mois.

« Ma femme et moi faisons la queue pendant de longues heures tous les jours » dans un centre de distribution d’aide du quartier de Badbado, dans le sud de la capitale, explique-t-il, dépité.

« Mais la nourriture que nous est donnée n’est pas suffisante (…) », poursuit-il.

« Parfois, nous revenons les mains vides, car toute la nourriture a été distribuée avant que notre tour ne soit arrivé. Ces jours-là sont particulièrement pénibles pour ma famille ».

Les fortes pluies qui se sont abattues ces derniers jours sur Mogadiscio ont fini de démoraliser M. Idriss, dont la famille dort désormais dans une petite hutte recouverte de sacs en plastique.

Parfois, un voisin leur donne des dattes, « sinon, nous passons la nuit sans avoir mangé ».

Ils sont environ 100.000 Somaliens à s’être réfugiés dans la capitale à cause de la sécheresse, en dépit des combats, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Peu d’entre eux ont de quoi rompre le jeûne, même si des Somaliens plus aisés distribuent des dates et des rations de riz.

Les shebab, qui se revendiquent d’Al-Qaïda et sont accusés de contribuer à aggraver la crise humanitaire en refusant toujours l’accès de leur zone à l’aide étrangère, distribuent également des dattes dans les quartiers sous leur contrôle, ont rapporté des témoins à l’AFP.

Mais la morosité a gagné le moral des déplacés.

« Ce n’est que le début du ramadan et des temps très difficiles nous attendent », lâche Abdukadir Subow. « Allah nous aidera à trouver de quoi rompre le jeûne », ajoute fataliste ce père de six enfants.

A ses côtés, son épouse Mumino s’affaire au-dessus d’un feu de bois à chauffer un bol de porridge préparé avec une poignée de graines de sorgho.

« C’est tout ce que nous avons pour la journée, donné par des habitants », explique-t-elle devant cette ration bien trop frugale pour nourrir sa famille.

D’autres, à l’image de Fadumo Muktar, mère de deux enfants, préfèrent se remémorer les bons moments du passé.

« Lors du dernier ramadan, j’avais des invités tous les jours avec moi pour rompre le jeûne, dans ma maison. Les choses sont bien différentes cette année: nous n’avons pas d’économies ou de réserves de nourriture pour passer un ramadan heureux ».

De Mustafa HAJI ABDINUR (AFP)

Faites un geste pour leur venir en aide :

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